La prophylaxie pré-exposition (PPrE)

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Une nouvelle avenue de recherche prometteuse en prévention du VIH
selon la COCQ-SIDA, Rézo Santé et ACCM

Montréal, le 1er décembre 2010 - Les derniers résultats de l’étude iPrEx publiés dans le New England Journal of Medicine concernant l’utilisation de médicaments antirétroviraux (ARV) comme moyen de prévention de la transmission du VIH ouvrent de nouvelles avenues dans le domaine de la lutte contre le VIH/sida. « La prophylaxie pré-exposition (PPrE) est une approche expérimentale qui utilise des médicaments antirétroviraux (ARV) pour réduire le risque d'infection de VIH chez les personnes séronégatives. Avec cette intervention, les personnes séronégatives prennent un médicament unique ou une combinaison de médicaments dans l'espoir de réduire leur risque d'infection en cas d'exposition au VIH. (www.avac.org/trials) » Malgré le fait que les résultats de l’étude n’ont pu démontrer qu’un effet préventif modéré associé à la prise des ARV par des personnes séronégatives, il s’agit indéniablement d’une bonne nouvelle. Le développement de la PPrE pourrait éventuellement contribuer à la réduction de nouvelles infections en offrant un nouvel outil préventif complémentaire aux autres mesures qui ont déjà démontré leur efficacité, telles que l’utilisation de condoms.

L'utilisation des ARV dans le but de prévenir la transmission du VIH n'est pas nouvelle. Elle est une pratique déjà reconnue dans certaines situations. Par exemple, depuis les années 1990, la mise sous traitements antirétroviraux des mères séropositives, pendant la grossesse et pendant l'accouchement, a permis de réduire radicalement les risques d’une transmission mère-enfant. De même, la prophylaxie post-exposition (PPE), c’est-à-dire la prise d’ARV après une exposition accidentelle au virus, est utilisée depuis longtemps chez les professionnels de la santé. Depuis quelques années, le recours à la PPE dans les 72h après une exposition au VIH lors d’une relation sexuelle est également une option disponible pour la population en générale; ce traitement d’ARV dure généralement un mois.

En ce qui concerne la PPrE, il est important de souligner qu’il s’agit d’un outil de prévention potentiel, toujours en cours de développement. Les résultats de l’étude iPrEX ont démontré une réduction de 44% du risque de transmission du VIH chez les participants à l’étude, et ce, dans un contexte spécifique de recherche où l’encadrement, le counselling et le dépistage fréquent sont optimaux par rapport à ce qui est offert dans le milieu de la santé. Parmi les constats découlant de cette recherche, on souligne les difficultés que représente la prise quotidienne et continue (l’adhésion) de médicaments.

Plusieurs années de recherche seront nécessaires avant que la PPrE devienne une option préventive disponible à la population québécoise. Nous ne pouvons donc que faire une mise en garde concernant une éventuelle utilisation improvisée ou informelle des ARV pour la prévention du VIH. D’autres recherches sont nécessaires afin que l’efficacité de la PPrE comme outil préventif puisse être améliorée.

Il est primordial que la recherche scientifique et sociale dans ce domaine se poursuive. Des efforts et du financement additionnels doivent être investis afin de vérifier l’efficacité et l’application de la PPrE dans la vie de tous les jours. Notamment, les acteurs communautaires pourront jouer un rôle important dans le cadre d’éventuels projets de recherche au Québec. À cette fin, dans les prochains mois, plusieurs organismes prévoient entreprendre des activités de consultation afin de connaître les perspectives des membres de différentes communautés concernant les nouvelles avenues de recherche dans le domaine de la prévention du VIH.