CAHR 2014

Découvrez les brèves d'Aurélie Hot et de René Légaré sur différents sujets présentés dans le cadre du 23e congrès annuel canadien de recherche sur le VIH/sida qui s'est déroulé à St-John's Terre-Neuve.


CAHR, 3 mai 2014

Dernière matinée du congrès. De nombreux congressistes assistent à la séance des rapporteurs communautaires de l'Institut d'apprentissage de CATIE, une courte rencontre où sont présentés les faits saillants du congrès par des personnes vivant avec le VIH et pas des intervenants du milieu communautaire.

  • En sciences fondamentales, il a été beaucoup question des réservoirs, ces cellules qui logent des virus dormants et des moyens de pouvoir les atteindre avec les traitements. Aussi, il a été question des grappes (clusters), ces regroupements d'infections très reliées l'une entre elles, et de l'apparition de sous-groupes d'infections au sein de différentes populations telles les personnes utilisatrices de drogue et celle co-infectée. Un autre fait saillant a été la remise en question des recommandations canadiennes sur l'allaitement.
  • En sciences cliniques, il a été question du dolutégravir (Tivicay), une molécule anti-VIH et de sont potentiels intéressants chez les personnes résistantes. Évidemment, comme toujours, il a eu beaucoup de présentations sur la meilleure ou moindre efficacité d'un régime de traitement par rapport à un autre. On y a aussi soulevé la question de la sous-représentation des femmes dans les recherches sur le VIH. Il a été reporté également que l'accès aux soins en santé mentale varie d'une région à l'autre et que cela affecte certaines populations telles les membres issues des premières nations, les hommes gais, les allophones et les personnes vivant en région éloignée. Malheureusement, nous ne savons pas si cette étude était pancanadienne ou provinciale. Selon les rapporteurs, il y a eu beaucoup de présentation de résultats d'études sur la co-infection. Les sujets couverts ont été l'accessibilité aux nouvelles molécules anti-VHC, la réinfection du VHC, l'impact de la marijuana sur l'évolution des maladies du foie, le besoin de poursuivre la promotion des approches en réduction des risques et de l'Impact positif des « pop-up clinic », ces cliniques où l'on retrouve tous les services médicaux, psychosociaux et d'intervention à l'intention des personnes co-infectées.
  • En épidémiologie, les faits saillants sont la publication du Consensus d’experts canadiens sur la transmission du VIH (voir brève ci-bas); les impacts des données de recherches scientifiques en prévention sur les savoirs locaux et les croyances populaires, mais aussi sur la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH; l'importance de décloisonner les secteurs de recherche afin qu'ensemble ils ciblent les avancées qui pourraient nourrir la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH et des différentes populations considérées être à haut risque d'infection au VIH ou à l'hépatite C; l'adaptation des différents discours scientifiques en termes légaux; le « Culturally Safe », un nouveau terme qui veut démontrer l'importance d'intégrer, dans les approches d'intervention et de soins, toutes les composantes culturelles d'un peuple, d'une population, d'un groupe d'individus et pour finir l'importance d'avoir des approches d'intervention et de soins adaptées aux besoins des différentes populations.
  • En sciences sociales, le peu de recherche communautaire sur l'approche de prévention combinée; l'importance des pairs de recherche dans le succès d'un projet de recherche; dans le contexte actuel de la lutte au VIH/sida, il est primordial de considérer que les sciences sociales ont une importance capitale pour analyser les impacts sociaux des nouvelles données en prévention et sur le traitement et les soins; l'utilisation de l'Internet par les hommes gais comme seul moyen de trouver des partenaires sexuels augmenterait leur risque d'être infecté par le VIH; la question de l'identité « indétectable » par les hommes gais utilisant le Net pour trouver leur partenaire sexuel et son impact sur les stratégies sexuelles adoptées par ces hommes; l'impact de facteurs structurels dans le succès d'une réintégration dans le milieu du travail; la proximité géographique demeure toujours une barrière à l'accès aux soins; la stigmatisation structurelle dans les services de santé; les personnes transsexuelles n'existent pas dans les statistiques canadiennes; le gouvernement fédéral actuel nourrit le stigma du VIH et finalement la criminalisation des clients du travail du sexe augmenterait le risque de violence dans ce secteur.

CAHR, 2 mai 2014

Discours scientifique et savoirs profanes : récits d’une relation tabou

Aujourd’hui plusieurs conférenciers ont martelé un message trop souvent oublié dans le tourbillon d’avancées scientifiques enthousiasmantes : des résultats de laboratoire ou des conclusions de recherche clinique dans un environnement contrôlé ne prennent pas en compte les savoirs locaux et les contextes socioculturels complexes de toute communauté ultimement visée par les recherches. Plusieurs décennies de lutte contre l’épidémie nous prouvent qu’il est futile de penser que les avancées scientifiques évoluent en autarcie, indépendantes des dynamiques changeantes des communautés concernées tout comme le démontre les deux brèves suivantes.

Savoirs locaux en Zambie, en Afrique du Sud et… dans nos communautés

La conférence plénière d’aujourd’hui a présenté les résultats d’études qualitatives effectuées dans ces deux pays. Dre Virginia Bond (London School of Hygiene and Tropical Medicine, Royaume-Uni) a expliqué, en se basant sur le résultat d’études dans 21 communautés zambiennes et sud-africaines, que les concepts de traitement et de prévention ne se rejoignent pas dans les façons locales de penser et de gérer les différents aspects de la problématique de l’épidémie. Par conséquent, imposer une approche de prévention par le traitement en ignorant ces réalités locales est une entreprise vouée à l’échec et pourrait, au contraire, augmenter la stigmatisation des PVVIH qui deviendraient seules responsables de la fin de l’épidémie. Des messages qui résonnent sans aucun doute avec nos préoccupations ici et maintenant…

S’identifier comme une personne indétectable

Une recherche effectuée en Colombie-Britannique auprès de 25 hommes gais nouvellement infectés a démontré que la grande majorité de ces hommes a grandement diminué voire même arrêté d’avoir des relations sexuelles après l’obtention de leur diagnostic. Néanmoins, avec le temps, plusieurs d’entre eux affirment que le traitement et une charge virale indétectable leur a permis de recommencer à être actif sexuellement. Pour certains, cela devient même une motivation très forte à poursuivre et à bien prendre leur thérapie. Ils considèrent ainsi leur traitement comme un outil de prévention. De plus, le statut indétectable devient pour plusieurs une identité forte qui permet de négocier leur pratique sexuelle. Selon les chercheurs, les différents points de vue, les différentes interprétations et les différents niveaux de connaissance de ces hommes démontrent la complexité des processus de réflexion qui les ont amené à adopter tel ou tel type de comportements et à considérer le statut indétectable comme une identité valorisée. 

VIH et perspective gaie, analyse d’un discours média

Rory D Crath de l’Université de Fredericton a présenté les résultats d’une analyse du discours média sur le VIH et la communauté gai à travers plus de 1 000 articles publiés dans le Globe and Mail entre 1994 et 2013; une recherche qui ressemble beaucoup à la première phase du projet VIHsibilité. Au cours de ces années, ce qui a été priorisé par ce média est, en ordre chronologique, le scandale du sang contaminé, la globalisation du VIH, l’épidémie qui touche de plus en plus de femmes et d’enfants et la réponse humanitaire associée et enfin l’optimisme médical. Au cours de cette décennie, les chercheurs ont noté une diminution importante du nombre d'articles qui parlent de l'épidémie d'un point de vue gai ce qui, selon eux, peut avoir un impact négatif sur la compréhension des nouveaux enjeux du VIH par cette communauté.

Fiches d’information sur l’éthique dans la recherche communautaire

En fin de journée, des chercheurs des universités York, Wilfried Laurier, de l’OHTN et de sept autres universités canadiennes ont lancé un produit de recherche d’intérêt : des fiches pratiques sur l’éthique de la recherche communautaire sur le VIH/sida. Résultats d’une consultation pancanadienne avec 50 chercheurs académiques, fournisseurs de services et de soins, dix fiches pratiques proposent à toute personne participant à l’élaboration de projets de recherche des pistes de réflexion et de solution en lien avec des sujets aussi variés que la compensation des pairs associés de recherche et des participants, la mobilisation des jeunes dans des projets de recherche ou la gestion d’informations illégales ou à manier avec prudence. À l’heure où nous écrivons ces lignes, nous ne savons pas si ces ressources seront traduites en français. Téléchargez les fiches ici : HIVethicsCBR.com

On ne peut s'empêcher de faire un lien vers notre outil s'adressant aux personnes vivant avec le VIH dans lesquels certaines notions éthiques sont abordées : La recherche et vous. Pourquoi accepter ou refuser de participer à un projet de recherche.

Escapade relaxation des neurones

À cours de cette 2e journée, nous nous sommes permis une petite escapade de quelques heures pour voir l'océan, ses icebergs et ses baleines.  Pas de baleines et un iceberg en fond de plan.  Le voyez-vous?

   
 


CAHR, 1er mai 2014 

Cohorte canadienne sur la coinfection

Tôt ce matin, Dre Marina Klein (Centre universitaire de santé McGill) a présenté des données de l’étude de la Cohorte canadienne de coinfection (CTN222), une étude pancanadienne qui a débuté en 2003 et qui compte plus de 1 200 participants. Un point encore et toujours névralgique est l’infime nombre de personnes ayant été traité contre l’infection au virus de l’hépatite C (VHC) ou sous traitement actuellement. En 2002, c’est 2% de la cohorte qui était sous traitement et en 2013, pas plus de 4%. L’apparition de nouvelles molécules anti-VHC efficaces et beaucoup plus tolérables produira, selon le docteur Klein, un éventail d’avantages bénéfiques pour les personnes coinfectées et aussi pour le système de santé. Cependant, elle précise que ces avantages pourraient être limités si l’on ne porte pas une attention particulière aux facteurs qui accélèrent le développement de l’infection telles la consommation d’alcool. Augmenter le nombre de personnes traitées ne pourra se faire qu’en adaptant les soins et en ciblant le plus possible les populations qui recevront ce traitement afin de s’assurer du plus grand nombre de guérisons possibles, un facteur des plus importants devant le coût élevé de ces nouvelles molécules.

La fin du sida? Une réalité ou une « fiction nécessaire »?

Richard Elliott (Réseau juridique canadien VIH/sida) et Dr Richard Parker (Université Columbia, NY) sont tous deux revenus sur l’utilisation récente de l’expression « la fin du sida » ou la « fin de l’épidémie » au cours de leur conférence plénière respective. Le premier parle de son inconfort face à une déclaration prématurée et qui peut justifier le désengagement d’instances et de gouvernement alors que leur appui est critique pour avancer dans la lutte contre l’épidémie. Le second qualifie le concept de « fiction nécessaire », afin de prendre les mesures qui s’imposent pour atteindre l’objectif de zéro nouvelle transmission. Alors, malgré les avancées scientifiques, restons mobilisés et assurerons-nous de garder nos gouvernements proactifs!

Consensus d’experts canadiens sur la transmission du VIH

Le Réseau juridique canadien VIH/sida rapporte qu’ « un énoncé appuyé par plus de 70 experts scientifiques des quatre coins du Canada fait état de la possibilité de faible à nulle qu’une personne vivant avec le VIH transmette le virus dans diverses situations, confirmant ce que nous avançons depuis longtemps : le droit canadien actuel fait fi de la science et va trop loin dans son recours à des accusations criminelles contre des personnes vivant avec le VIH. ». Un propos qui résume bien le contenu de la présentation du docteur Mark Tyndall de l'Université d'Ottawa. Prenez connaissance de la déclaration rédigée par le Réseau dont la COCQ-SIDA est cosignataire.

Un étrange sentiment de déjà vu : facteurs structurels qui influencent le maintien en emploi des PVVIH

Brent Oliver (Mount Royal University, AB) a présenté les résultats de son projet doctoral sur l’emploi et les PVVIH en Ontario. Plusieurs obstacles peuvent se dresser dans la trajectoire de certains PVVIH qui veulent rester en emploi : des prestations d'invalidité inadaptées (qui ne prennent pas en compte le caractère épisodique de la maladie), un remboursement des médicaments parfois plus difficile une fois en emploi et peu de logements qui conviennent à un revenu modeste. Au Québec, en août 2013, les participants à un atelier organisé par la COCQ-SIDA sur le VIH, le vieillissement et les politiques publiques avaient mis en avant des barrières structurelles similaires au maintien en emploi pour les PVVIH québécois.

Les gais sur le Net

Selon les données recueillies à travers le projet ontarien Cruising counts Survey, les hommes gais qui utilisent le Net pour rencontrer leur partenaire recherchent majoritairement de l’information sur le dépistage (43%), sur la dépression (17%) et sur la charge virale (14%).

Stigmatisation structurelle dans les services de santé

Pour clore une journée stimulante d'échanges, Marilou Gagnon (Université d’Ottawa) a livré une présentation inspirante sur la stigmatisation, en présentant le concept de « stigmatisation structurelle » dans les soins et les services de santé découlant de son étude effectuée dans plusieurs sites au Québec. Briser la confidentialité en dévoilant le statut sérologique positif d’un patient à un autre membre de l’équipe sans que ce soit justifié médicalement, exiger pour tout soin de santé que le patient dévoile son statut, refuser des soins de santé, tout ceci serait un exemple de stigmatisation structurelle. Nous attendons les résultats complets de l’étude pour des pistes d’action et de solution à mettre en œuvre!