Historiquement, les communautés autochtones ont été instrumentalisées par la recherche, qui a été intimement liée au processus de colonisation. Dans ces contextes, où des expériences de recherche se sont avérées négatives, il devient urgent de repenser la manière de faire la recherche, en tenant compte des relations de pouvoir entre les communautés et les universités. Afin que les abus ne se reproduisent plus, les communautés autochtones et d’autres communautés marginalisées, telles les personnes utilisatrices de drogues injectables, ont insisté pour revoir les modalités de fonctionnement de la recherche (Namaste V. et P. Jauffret, 2006)*.
La recherche communautaire est une pratique de recherche qui valorise la participation des communautés à tous les niveaux du processus. La COCQ-SIDA fait sienne les dix principes fondamentaux (Trussler T. et R. Marchand, 2000)** de la recherche communautaire :
Le Programme de recherche communautaire de la Coalition veille à développer des moyens pour favoriser une pleine application de ses principes.
La recherche communautaire est un type de recherche qui favorise une plus grande implication des communautés, tout au long du processus de recherche (Initiative), de la formulation des questions de recherche à la mise en application des résultats. Il est important de souligner que la recherche communautaire partage les mêmes exigences que toute autre recherche quant à la rigueur méthodologique et à l’examen éthique des devis. Cependant, dans le cadre de la recherche communautaire, la position des acteurs, tant les chercheurs universitaires que ceux qui constituent les communautés, est orientée vers le changement social. Cet engagement des parties prenantes implique de partager les données (Propriété) et de mettre en place des mécanismes de consultation qui permettent la co-construction des connaissances (Interprétation). Les communautés ont également droit de regard sur la publication des résultats, le choix des publics cibles (Diffusion) et les manières de procéder à la valorisation des connaissances produites, notamment en s’assurant qu’elles aient des retombées concrètes (Application des connaissances). La recherche communautaire implique une participation active des communautés, la pertinence des objectifs de la recherche par rapport au groupe visé (Avantage pour les communautés) et l'équité entre les partenaires (Partenariat).
Puisque la recherche communautaire soulève la question des enjeux éthiques de la recherche effectuée dans les communautés, un de ses principes est que les communautés puissent avoir accès à leur propre comité d’évaluation éthique (Examen par les pairs) ou, au minimum, que le groupe soit représenté sur le comité d’évaluation institutionnel.
Par ailleurs, la recherche communautaire tient compte de la complémentarité des compétences présentes dans les équipes de recherche. Autrement dit, l’apprentissage est continu et réciproque entre les acteurs du milieu de la recherche et ceux de la pratique (Renforcement des capacités). La démarche est donc tout aussi importante que ses finalités. Finalement, l’empowerment, c’est-à-dire l’augmentation du pouvoir d’agir (Vallerie B. et Y. Le Bossé, 2003)*** des communautés, résulte de la mobilisation des connaissances et du partage du leadership (Beeker et al., 1998)**** au sein des équipes de recherche (Empowerment).
Il existe divers modèles d’application de ses principes, du plus « institutionnel et hiérarchique » au plus « radical et communautaire », selon que le projet est une initiative de la base ou une demande du milieu universitaire. Cependant, la constance est l’établissement d’une entente de partenariat, dans le respect des principes ci-haut mentionnés. Il peut s’agir d’une entente formelle, comme un contrat écrit, ou d’une discussion approfondie entre les acteurs.
*Namaste, V. et P. Jauffret. 2006. Negotiating Partnership and Ownership in Community-based Research: Lessons from a Needle Exchange in Montreal. Canadian Journal of Aboriginal Community-based HIV/AIDS Research, 1: 65-74.
**Trussler, T. et R. Marchand. 2000. Avec la collaboration de Y. Jalberty, C. McClure et D. Taylor. Générer des connaissances pour l'action. Évaluation d'un atelier national sur la recherche communautaire. Ottawa : Société canadienne du Sida.
***Vallerie, B. et Y. Le Bossé. 2003. Le développement du pouvoir d’agir des personnes et des collectivités : étude appliquée à une situation de suppléance familiale, Sauvegarde de l’enfance, 58(4-5): 144-155.
****Beeker C, Guenther-Grey C et A. Raj. 1998. Community empowerment paradigm drift and the primary prevention of HIV/AIDS. Soc. Sci. Med., 46(7): 831-842.